Petit exercice de style, au milieu de mes révisions !
Voici ma version d'un texte de Nihilya. Lisez les deux, dites nous ce que vous en pensez ...
J'ai bien aimé l'original. Peut être que j'y apporterai un fin qui serait mienne, différente probablement, de la sienne. :)
Voilà, et toi, qu'en dis tu, Nihi ?
La Morrigan, partie 1
La lumière du ciel me surprend. Incompréhension. Que fais-je donc ici ? Je sens l'herbe mouillée entre mes doigts de pied, une brise fraiche se lover entre mes omoplates et me faire frissonner.
J'ai froid. Les larmes n'ont pas encore sèchées et je goûte encore leur sel, sur mes lèvres. Je ne comprends pas où je suis, il fait nuit noire, mais j'apperçois une colline, avec quelques
arbres. Et ce ciel, ce ciel ... trois longs mois que je ne l'avais pas vu ! Ah, les étoiles ...
Je frissonne. Mes seins pointent sous le lin. Le lin .. ? Cette robe de lin ne m'épargne pas la fraicheur de la nuit. Je refuse de réfléchir à ce qu'il a pu advenir du t-shirt offert par mon
homme .. Un ombre voile, l'espace d'un instant, l'éclat de la lune. Un corbeau. Ce dernier appelle. Croâsse. Croissent ses ailes, alors qu'il plane et se pose sur un pin proche. Il semble
attendre quelque chose, tourne un peu la tête sur le côté, ses yeux de perle me lorgnant. Je me sens perdue, triste. Je ne vois pas où il veut en venir avec ses affreux croassements. Et il gèle
ici ! Croassement. Encore !
« Ferme la ! » lui hurlais-je. Il semble désapointé, se tait un instant, tournant la tête de l'autre coté.A nouveau, il étend ses ailes et plane lentement vers moi. Je ne veux plus être
là. Ce n'est pas drôle. Je sens cette boule énorme crever ma gorge, je veux pleurer, seule, dans mon lit ... Les yeux fermés, je sens la lourde créature se poser sur mon épaule nue. Ses serres
égratignent un peu ma peau si blanche dans la nuit.
Il fait soudain plus sombre. Je lève les yeux vers le ciel, et le corbeau, sur mon épaule, pousse un son fort, désarticulé, agressant mes pauvres tympans. C'est alors qu'une nuée de croassements
lui répondent, et le nuage qui occultait le firmament nocture se sépare en lambeaux ... Des milliers de corbeaux, des bancs entiers qui planent au-dessus de nous.
Ils me regardent tous, avec leurx yeux fixes. Ce que je croyais être un rêve ressemble de plus enplus à un cauchemar. Ils viennent sur moi, planent autour de moi, me frôlent. Je sens leur odeur
âcre, la caresse de leurs plumes ... Ils s'en vont se poser sur les arbres proches. Cette entité multiple me fixe, me jauge. Je suis effrayée. Mes yeux s'écarquillent. En se posant, les oiseaux
ont libéré une silhouette, comme si cette dernière, faite d'ombre, n'était qu'un assemblages de leurs noirceurs. Elle se redresse.Une déesse foulant le sol. Je perds les pédales ... Une cape
ocre, flottant au vent, une lance où miroite les reflets de la lune. Je me sens rétrécir, je voudrais m'incliner devant elle. Lui, sur mon épaule, semble attendre, et me rassure par sa seule
présence. Elle se tient, hautaine, droite, sur un char de guerre. Finalement, mon lit, mon t-shirt, mes larmes ...peut-être était-ce cela, le rêve. Car rien ne me semle plus réel, plus prégnant
que cette présence.
La Morrigan. Ce mot résonne dans ma tête, comme une évidence ... C'est Elle.
Sa lance vibre quelques secondes après qu'elle l'ait plantée dans le sol. Son char se positionne à gauche. Elle semble attendre et mon coeur se serre. Je perds pied, et comprends de moins en
moins ce que je fais ici, ce qu'on attend de moi. Pourquoi cette antique déesse guerrière ? Résonne en moi une fibre ancienne ... Elle fixe la lance, semle attendre, neutre, impartiale. Peut-etre
dois je prendre part à un combat, avec cette lance. Je ne sais pas. Je tremble. J'ai froid. J'ai peur. Un duel. Un vainqueur. Un perdant. La vie, la mort. C'est la Loi, je le sais, ça l'a
toujours été.
Je gémis lorsque une entaille profonde se fait dans mon épaule. Un lambeau de chair entre les serres, mon compagnon ailé s'envole, et laisse choir son butin sur la lance, l'entâchant de sang. Mon
sang. Je le vois dégouliner sur ce pilum. Ma chair, mon sang, moi, déjà morte sur cette lame ? Cette menstrue, ce don semle peu à peu absorbée par le métal qui se déforme, fond, grandit, se
divise ... La blessure à l'épaule me mortifie ... le gèle s'insinue par là, fait sien chaque parcèle de mon corps. Pourtant, mon ccoeur bat à tout rompre. Mes tempes veulent éclater. L'estomac
noué, je sans un danger iminent ... sans pouvoir en déterminer clairement la source.
Un fantôme se détache alors dans l'air, face à moi.Il prend peu à peu forme, consistance et je la reconnais. Ce qui meglace les sangs. Les cheveux courts, un peu potelée, un port altier,
orgueilleux et une moue de concentration. Je la connais si bien ... Elle porte un plastron rouge et une épée à la garde travaillée et à la lame en acier de damas. J'apprécie l'ouvrage et m'étonne
qu'elle puisse même la soulever.
Soudain, avec un hurlement à peine humain, elle charge, lame au clair... Stupeur. Je recule, rébuche, tombe. Je me recroqueville sur le sol, attendant la sanction, le coup fatal. Mais seul un
rire répond à mon attente. J'essaie de me réveiller, je serre la terre humide entre mes mains, ma robe est mouillée par l'herbe, j'ai froid, je suis trempée. Et ce rire, moqueur, que je reconnais
si bien. Elle parle, je reconnais comme miennes chacune de ses intonations, de ces expression.
Je me relève et fais enfin face à celle qui est moi. Reconnaître chacun de ses défauts me mortifie. Voilà. Il est temps, s'affronter. On ne peut fuir un tel combat. Je l'ai toujours su.
C'est la Loi. C'est la Morrigan.
Photographie de Nihi par Auriane
Commentaires