Voici mon oral de littérature de jeunesse présenté pour le crpe, en 10 minutes:
L'oeuvre choisie est Izabal, l'enfant oiseau, de Gérard Moncomble et illustré par Claude
Cachin. Gérard moncomble est un auteur de littérature de jeunesse ayant étudié la psychologie et la sociologie. Il collabore une nouvelle fois avec Claude Cachin, publicitaire et illustrateur,
après le Journal d'un Sapin de Noël. Si les oeuvres habituelles de Moncomble sont teintées d'humour et de légèreté enfantine, Izabal prend un ton grave et profond, accentué par les couleurs
puissantes de Cachin. Les thèmes traités ainsi que la complexité de l'album le destinent plus particulièrement à des élèves de cycle 3, en cm1 par exemple. Je vais vous lire les premières lignes
de l'album.
[Lecture de l'extrait]
Pour analyser cette oeuvre, je vais tout d'abord procéder à une analyse de l'image. Claude Cachin utilise des couleurs vives et puissante tout au long de l'histoire. Le style n'est pas sans
rappelé celui de Gaugin dans son travail tahitien, faisant ainsi montre d'un exotisme saisissant et envoûtant.
Sur la première de couverture, on peut voir Izabal, serrant contre elle son ocarina, avec un air appeuré. On notera en arrière plan, sur les pictogramme mayas la présence d'une ombre menaçante,
hérissée de crocs, mais dont la source n'est visible que si on voit que c'est Quetzal qui est la source de lumière. Cette sourde angoisse se croise avec l'étrange impassibilité du visage d'Izabal
tout au long du récit, ajoutant sa note grave à chaque illustration. Ce pendant, en observant différemment, on voit que la lumière a la forme de Quetzal, animal-totem d'Izabal. Cet oiseau,
symbole de liberté, représente à la fois le père d'Izabal et sa propre capacité à communiquer, à être au monde.
Dans l'album, on peut observer que chaque scène est éclairée par une lumière jaune, rendant parfaitement les couleurs et l'ambiance de l'univers maya. Seuls lors de la scène d'ouverture et en
scène finale, l'action se déroule sous la lune. C'est comme si l'histoire se déroulait sur une seule et longue journée, représentant ainsi un cycle, le cycle de la vie d'Izabal, de sa naissance à
sa renaissance. De la même façon, on peut relever la présence d'une illustration stylisée de Quetzal sur un mur en début et en fin d'album.
On peut aussi noter une alternance d'illustrations de pleine page, presque éblouissantes avec d'autres plus petites, insérées dans le texte, faisant l'effet de regarder dans le trou d'une
serrure. On peut imaginer qu'il s'agit là d'un moyen d'observer une vérité sans pouvoir la percevoir dans son ensemble. Le parallèle tient quant à l'histoire elle-même où on relève des indices
tout au long du récit pour comprendre les tenants et les aboutissants de l'histoire.
Passons à
l'analyse du texte.
Le texte répond au schéma narratif suivant: la situation initiale reflète l'étrangeté d'Izabal, sa naissance, son mutisme et sa solitude. L'élément perturateur vient avec le rituel du passage à
l'age adulte d'Izabal, elle a 12 ans, et son père lui offre un ocarina. Grâce a ce dernier, Izabal commence a jouer et à communiquer avec les oiseaux qui deviennent ainsi des adjuvants. Après au
rebondissement de l'oiseleur, le dénouement a lieu avec la libération par le père d'Izabal et sa renaissance. La situation finale est heureuse.
La narration est à la troisième personne. On suit de l'extérieur le parcours d'Izabal. Cette distance mise par la troisième personne concerve le mystère d'Izabal: elle est muette même pour le
lecteur.
Le récit est parsemé de noms étranges, de mots compliqués, de métaphores et laisse une grande place à l'implicite et à l'interprétation. Cet alliage participe à l'aura mystérieuse d'Izabal et de
son histoire. Si le vocabulaire riche et les noms exotiques peuvent sembler être des obstacles, ils créent une distance qui permet une identification particulière aux personnages, quant aux
métaphore, à conditions d'être comprises, elles offrent une compréhension instinctive et intime de l'album, participant par là aussi à l'ambiance.
Enfin, l'élément documentaire de l'album n'est pas moindre, on y voit les modes de
vie, les rites et les croyances de la civilisation maya.
La richesse plastique, littéraire et sémantique de l'album nous paraît très interessant. Une analyse fine du texte et de sin interprétation est nécessaire pour l'enseignant, mais il paraît
cependant peu opportun de tout décoder avec les élèves. Afin de travailler avec une classe de CM1, voici comment je procèderai:
6 séances étalées sur 2 semaines. A chaque séance une lecture d'une partie de l'album soit par lecture magistrale à haute voix, soit par lecture silencieuse des élèves. S'en suivrait alors un
temps de travail, par groupes de 4 ou 5, pendant lequel les élèves répondent ensemble à une série de question portant sur: L'explicite du texte, l'implicite du texte, l'interprétation du passage
lu et enfin une anticipation possible de la suite. S'en suit alors une mise en commun permettant de débattre sur l'oeuvre, l'interprétation et l'anticipation. Conformément à ce que doit être la
lecture littéraire, il ne s'agit pas de mener les élèves à une interprétation unique mais de faire le point sur les lectures possibles de l'oeuvre, en restant fidèle aux indices laissés par
l'album. Il en va de même pour ce qui est de l'anticipation.
Les programmes insistent sur l'intérêt des lectures en réseaux autour d'une oeuvre:la comparaison de plusieurs textes permet à l'élève de construire ses connaissances littéraires. On peut
envisager ici la lecture de récits sur les thèmes de l'adoption, du deuil ou de la renaissance avec un roman tel que Je te sauverai, de Eric Simard qui reprend de nombreux thèmes d'Izabal
l'enfant oiseau, Le collier d'Adeline, de Didier Poitrenau, ou encore L'enfant des Neiges de François David. On peut aussi choisir de s'interesser à la vie des enfants dans d'autres cultures,
avec Inukshuk, le garçon de pierre, autre album de Gérard Moncomble ou encore Siddhima et la déesse.
Le parcours initiatique d'Izabal s'enracine autour de son passage à l'âge adulte. Les enfant de cycle 3 approchent eux aussi de cette période, par l'identification permise par les différents
procédés utilisés, peuvent apprendre de l'expérience d'Izabal, et s'en approprier les évolutions, les ressentis. Ce pénomène sera d'autant plus fort lorsque des élèves vivront eux-même dans des
situations familiales complexes.
Le site de l'illustrateur:
http://claude.cachin.free.fr/
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